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NOS VOISINS SAUVAGES

18 sept.
10 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 sept.

Dans les forêts, les champs, les mares, les jardins et jusque dans nos villages, les animaux sauvages partagent notre territoire. Certains bénéficient d'une protection stricte, d’autres sont menacés. Ou encore considérés comme «espèces susceptibles d'occasionner des dégâts» ou «espèces exotiques envahissantes». La Nature est un système dynamique complexe en perpétuel mouvement.



UNE RICHESSE ENCORE MÉCONNUE


Dans les Yvelines, la diversité des milieux explique en grande partie cette richesse : grands massifs forestiers, plaines agricoles, vallées, cours d'eau, mares et zones humides, prairies, friches, haies, jardins et espaces urbains constituent autant d'habitats différents. La forêt de Rambouillet, par exemple, accueille une grande diversité de mammifères, d'oiseaux forestiers, de chauves-souris, mais aussi d'amphibiens, de reptiles, de libellules et d'insectes liés au bois mort.

La biodiversité ne s'arrête d’ailleurs pas aux limites des espaces que nous qualifions de «naturels». Une mare dans un village, une haie entre deux champs, un vieux verger, un jardin peu entretenu ou un bâtiment offrant un refuge peuvent constituer de véritables habitats.


Ce que nous connaissons n'est pas nécessairement représentatif de ce qui existe. Et les observations naturalistes sont très inégalement réparties. Certaines de nos communes sont couvertes depuis longtemps par les travaux des associations, des naturalistes ou au travers de l’Atlas de la Biodiversité communale, tandis que d'autres mériteraient d’être plus amplement étudiées.

L’Agence régionale de la biodiversité d'Île-de-France met à disposition Biodiv'îdF, un atlas dynamique qui permet de consulter les espèces observées dans chaque commune, leurs cartes de répartition et de nombreuses informations naturalistes. Les données sont alimentées par de multiples organismes et observateurs et continuent d'être enrichies.



DES ESPÈCES MENACÉES OU PROTÉGÉES


La diversité ne doit pas nous faire oublier une réalité : une partie de la faune est en difficulté. Pour mesurer cette situation, les naturalistes utilisent notamment les Listes rouges régionales, établies selon une méthodologie internationale de l'UICN ( Union internationale pour la conservation de la Nature ). Elles permettent d'évaluer le risque de disparition des espèces à partir de critères tels que la taille et l'évolution des populations, leur aire de répartition ou encore la fragmentation de leurs habitats.

En Île-de-France, les résultats sont préoccupants.

Chez les oiseaux nicheurs, la Liste rouge régionale évalue 159 espèces : 39 % sont considérées comme menacées, c'est-à-dire classées «vulnérables», «en danger» ou «en danger critique». Si l'on ajoute les espèces déjà disparues régionalement, c'est presque la moitié des espèces évaluées qui sont aujourd'hui disparues ou menacées.


Pour les amphibiens et reptiles, l'évaluation publiée en 2023 porte sur 27 espèces. 26 % sont menacées d'extinction et plus de 30 % sont quasi menacées. Les principales pressions sont la disparition et la fragmentation des habitats, notamment les mares, zones humides, landes, lisières et fourrés.

La situation est également préoccupante pour les papillons de jour : sur les 135 espèces franciliennes évaluées, 51 sont menacées ou déjà disparues, soit 37 %.

Du côté des orthoptères — criquets, sauterelles et grillons notamment — 14 des 63 espèces évaluées sont menacées et quatre sont considérées comme régionalement éteintes.

Et les chauves-souris ne sont pas épargnées : sur les 20 espèces régulièrement présentes en Île-de-France ayant fait l'objet d'une évaluation régionale, un tiers d’entre elles sont sur la liste rouge des espèces menacées. Les facteurs de déclin sont liés à la perte des habitats de chasse et de repos, la fragmentation des corridors écologiques par l'urbanisation et les routes, la pollution lumineuse ( éclairage nocturne en ville et dans les villages ), la diminution des ressources en insectes à cause de l'usage des pesticides.


Menacée, protégée : deux notions différentes

Il est important de ne pas confondre deux notions souvent associées : le statut de protection et le degré de menace.

Le statut de protection est un acte juridique (matérialisé par des arrêtés ministériels en vertu de l'article L.411-1 du Code de l’environnement). Son but est d'empêcher la destruction d’une espèce ou celle de ses habitats, et à maintenir des populations en bon état. C'est notamment le cas du hérisson d'Europe, dont la destruction, la capture ou la perturbation intentionnelle sont interdites par la réglementation nationale. Les chauves-souris bénéficient également d'une protection réglementaire particulièrement forte.

À l'inverse, une espèce peut être menacée d’un risque d’extinction sans que le fait qu’elle soit classée sur une Liste rouge, inventaire scientifique généralement dressé par l’UICN, lui fasse bénéficier d'un régime de protection particulier.



LES ESOD


Depuis la loi pour la reconquête de la biodiversité de 2016, le terme juridique qui remplace celui de «nuisible» est «espèce susceptible d'occasionner des dégâts», ou ESOD. Ce changement de vocabulaire n'est pas anodin. Il ne signifie pas qu'un animal serait mauvais ou inutile par nature. Il signifie qu'une espèce peut, dans certaines circonstances et sur certains territoires, occasionner des dommages suffisamment importants pour que des mesures de destruction soient autorisées.

La réglementation prévoit quatre motifs principaux : santé ou sécurité publiques, protection de la faune et de la flore, prévention de dommages importants aux activités agricoles, forestières ou aquacoles, et, dans certains cas, prévention de dommages importants à d'autres formes de propriété.

La liste des ESOD ( espèces susceptibles d'occasionner des dégâts ) comprend trois groupes d'animaux réglementés par l’État :

  • le 1er groupe concerne six espèces envahissantes classées ESOD sur l’ensemble du territoire métropolitain, par arrêté ministériel : le chien viverin, le raton laveur, le vison d’Amérique, le ragondin, le rat musqué et la bernache du Canada ;


  • le 2ème groupe concerne neuf espèces classées ESOD par arrêté ministériel triennal, établissant pour chaque département, la liste, les périodes et les modalités de destruction, sur proposition du préfet et après avis de la formation spécialisée départementale : la belette, la fouine, la martre,  le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet pris pour l’application de l’article R. 427-6 du code de l’environnement.


  • le 3ème groupe concerne trois espèces classées ESOD par arrêté préfectoral annuel : le lapin de garenne, le pigeon ramier et le sanglier.


Le renard roux est classé ESOD dans les Yvelines. Il peut être accusé de prédation sur les volailles et le petit gibier, ce qui constitue notamment une source de conflit avec certains élevages.

Mais le renard est aussi un prédateur généraliste particulièrement important dans les écosystèmes agricoles. Son alimentation comprend notamment de petits mammifères. L'OFB souligne d'ailleurs l'importance de prendre en compte son rôle écologique lorsqu'il s'agit de concilier conservation et prévention des dégâts. Ce même animal peut être un problème pour un poulailler et un auxiliaire dans une parcelle agricole.

La fouine est également classée ESOD dans les Yvelines. Elle peut s'installer dans les combles, provoquer des nuisances sonores ou olfactives et pénétrer dans des poulaillers mal protégés. Ce sont des problèmes bien réels pour les personnes concernées. Mais son régime alimentaire est aussi constitué de nombreux petits mammifères, notamment des campagnols, mulots, souris et surmulots. La LPO souligne ainsi son rôle dans la régulation naturelle des rongeurs.

Avant de considérer qu'une fouine doit forcément être éliminée, il existe donc souvent des solutions de cohabitation et de prévention : sécuriser un poulailler, empêcher l'accès à certaines parties d'un bâtiment ou protéger les espaces sensibles.

Le corbeau freux, souvent confondu avec la corneille, est lui aussi classé ESOD dans les Yvelines. Il fréquente particulièrement les plaines agricoles. Les dommages qui lui sont reprochés concernent notamment certaines cultures et les regroupements importants qui peuvent être source de nuisances. Son alimentation est très variée : graines, fruits, invertébrés et cadavres. Comme d'autres corvidés, il participe à l'élimination des matières organiques et à la régulation de certains insectes.

La corneille noire est omnivore et opportuniste. Elle peut consommer des semences et certaines productions agricoles, ce qui explique notamment son classement ESOD. Mais elle consomme également des insectes, des vers, des petits mammifères et des charognes. Elle joue ainsi un rôle de prédatrice et de «nettoyeuse» des cadavres, notamment ceux d'animaux victimes de collisions routières.


Des dégâts bien réels… à replacer dans leur contexte

Il serait injuste de nier les dégâts que peuvent présenter les animaux. Le cas du sanglier est particulièrement parlant dans les Yvelines.

Pour la saison 2024-2025, les données communiquées par la préfecture font état d'environ 590 hectares de cultures agricoles touchés, contre 392 hectares la saison précédente, pour un coût d'indemnisation d'environ 498 000 euros. Plus de 5 300 sangliers ont par ailleurs été prélevés à la chasse cette saison-là.


Le sanglier est une espèce extrêmement adaptable, capable de fréquenter les forêts comme les plaines agricoles et les espaces périurbains. À forte densité, ses fouilles peuvent dégrader les sols, les prairies et certaines zones naturelles, tandis que les collisions routières constituent également un problème.


Mais là encore, l'animal n'est pas «inutile». Le sanglier participe notamment au brassage du sol et peut contribuer à la dispersion de graines. Son impact écologique dépend fortement de la densité de population et du milieu considéré.  Le problème n'est donc pas simplement «le sanglier», mais l'existence de situations où son abondance devient incompatible avec certains usages du territoire.


Ce que nous apprend la biodiversité, c'est finalement qu'il est difficile de séparer le vivant en deux catégories : les animaux « utiles » d'un côté et les «nuisibles» de l'autre.

Un renard peut tuer une poule et réguler les populations de petits rongeurs. Une fouine peut s'installer dans un grenier et contribuer à limiter les populations de rats et de souris.

Une corneille peut consommer des semences et participer à l'élimination des cadavres d’animaux. Un sanglier peut provoquer des dégâts importants dans une culture et participer à la dispersion de graines.



DE NOUVEAUX VOISINS


La faune et la flore qui nous entourent ne sont pas constituées uniquement d'espèces présentes depuis longtemps sur notre territoire. Certaines espèces ont été introduites, volontairement ou accidentellement, par les activités humaines. La plupart ne posent pas de problème particulier. Mais certaines parviennent à se reproduire et à se disperser rapidement, au point de perturber les écosystèmes locaux : on parle alors d'espèces exotiques envahissantes (EEE).

L'Office français de la biodiversité les définit comme des espèces introduites en dehors de leur aire naturelle par l'action humaine, qui s'établissent et se propagent au point de menacer les écosystèmes, les espèces indigènes ou certaines activités humaines. Les invasions biologiques constituent aujourd'hui l'une des principales causes d'érosion de la biodiversité.

Mais là encore, «exotique» ne veut pas dire automatiquement «envahissante». Une plante de jardin originaire d'Asie ou un oiseau venu d'un autre continent ne devient pas pour autant une menace.  C'est sa capacité à s'établir, à se multiplier et à provoquer des impacts négatif sur la biodiversité qui pose problème (ragondin, jussie rampante, frelon asiatique ) et requiert une action d’envergure nationale.


La perruche à collier, un nouvel habitant très visible

Difficile de ne pas remarquer les perruches à collier (Psittacula krameri) qui traversent désormais le ciel francilien en poussant leurs cris caractéristiques.

Originaire d'Afrique et d'Asie du Sud, cette espèce a été introduite en Europe notamment  à la suite d'évasions ou de relâchers d'oiseaux détenus en captivité. Elle s'est particulièrement bien adaptée aux milieux urbains et périurbains.

En Île-de-France, sa progression est spectaculaire. La base Biodiv'îdF comptabilise aujourd'hui plus de 19 600 observations dans 590 communes, avec des observations encore enregistrées en 2026. Elle est notamment signalée dans plusieurs communes des Yvelines, parmi lesquelles Montfort l'Amaury, Chevreuse, Clairefontaine-en-Yvelines, Rambouillet, Les Mesnuls, Le Perray-en-Yvelines ou Saint-Léger-en-Yvelines.


Cela ne signifie pas pour autant qu'il faut considérer chaque perruche comme une menace.

La question fait l'objet de recherches, notamment parce que la perruche utilise les cavités des arbres pour nicher, comme plusieurs espèces d'oiseaux indigènes. Une compétition pour ces cavités est possible, mais son importance réelle varie selon les milieux et reste étudiée. L'ARB Île-de-France rappelle également les interrogations concernant la compétition alimentaire.  À cela s'ajoutent des nuisances très concrètes dans certaines zones : bruit des dortoirs, salissures, dégâts ponctuels sur des bâtiments ou certaines cultures.


La renouée du Japon : quand une plante prend toute la place

Le phénomène est peut-être encore plus spectaculaire avec certaines plantes.

La renouée du Japon (Reynoutria japonica) est aujourd'hui largement répandue en Île-de-France. Biodiv'îdF recense plus de 4 600 observations dans près de 1 000 communes, avec des données encore enregistrées en 2026.

Cette plante, introduite d'Asie comme plante ornementale au XIXe siècle, possède une extraordinaire capacité de croissance et de multiplication végétative. Elle peut former des peuplements très denses qui prennent progressivement la place de nombreuses plantes indigènes.

Le problème est particulièrement marqué le long des cours d'eau, talus, fossés, friches et zones perturbées.

Une fois installée, son éradication est extrêmement difficile. Un petit morceau de rhizome ou de tige peut suffire à permettre une nouvelle propagation. C'est pourquoi les travaux de gestion doivent être réalisés avec beaucoup de précautions : déplacer de la terre contaminée ou transporter des résidus de coupe peut contribuer à disséminer la plante. L'OFB documente d'ailleurs plusieurs retours d'expérience consacrés à la gestion des renouées asiatiques et aux risques de dissémination.

La Renouée du Japon figure parmi les plantes exotiques envahissantes reconnues comme problématiques en Île-de-France, au même titre que plusieurs autres espèces végétales comme l'ailante glanduleux, le robinier faux-acacia, certaines balsamines ou les solidages. Le Conservatoire botanique national du Bassin parisien en propose une liste régionale détaillée.


Pourquoi ces plantes posent-elles problème ?

Dans un écosystème, les plantes et les animaux ont évolué ensemble pendant des milliers d'années. Une espèce nouvellement introduite peut ne pas rencontrer les mêmes prédateurs, parasites ou maladies que dans son aire d'origine.

Lorsqu'elle possède en plus une forte capacité de reproduction et de dispersion, elle peut rapidement prendre une place importante.

Elle peut alors concurrencer les plantes locales pour la lumière, l'eau et les nutriments, modifier la structure de certains habitats, réduire localement la diversité végétale, perturber les chaînes alimentaires, transformer les berges et les milieux humides, engendrer des coûts importants de gestion. L'OFB rappelle que les espèces exotiques envahissantes (EEE) peuvent également avoir des conséquences économiques et sanitaires.


Pour aller plus loin


Observer la biodiversité près de chez vous

L'outil permet de rechercher les espèces observées commune par commune, d'accéder aux cartes de répartition et de consulter de nombreuses informations naturalistes.

La plateforme régionale de saisie et de restitution des données naturalistes, qui alimente notamment Biodiv'îdF.


Comprendre les espèces menacées

Liste rouge régionale des amphibiens et reptiles – ARB ÎdF Cette étude, publiée en 2023, repose sur l'analyse de 48 357 données et constitue la référence régionale actuelle pour ces groupes.


Comprendre les ESOD

Les ESOD dans les Yvelines – services de l’État Cette page officielle présente la réglementation applicable dans le département et les modalités de destruction.


Mieux connaître les espèces




 
 
 

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