GROSROUVRE
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Quand connaître son territoire permet de mieux le préserver
À l’ouest de Montfort l’Amaury, Grosrouvre possède une identité paysagère singulière. Ici, le village ne se résume pas à un centre-bourg : il s’étire entre forêts, terres agricoles, prairies, vallons et hameaux, dans une alternance d’espaces ouverts et boisés qui lui confère son caractère.

UN VILLAGE ENTRE FORÊT ET CLAIRIÈRE
La commune compte un bourg et six hameaux – Les Aubris, Le Buisson, La Troche, La Surie, Le Chêne Rogneux et Les Haizettes. L’habitat des populations, souvent implanté le long des voies, s’est développé au fil des siècles à partir des anciens défrichements. Cette organisation ancienne explique en partie la structure très particulière du village aujourd’hui.
Avec 652 hectares de forêt, 442 hectares d’espaces agricoles et 149 hectares urbanisés, Grosrouvre reste largement marqué par ses espaces naturels et ruraux.
La vallée de la Mormaire, qui traverse la commune du sud au nord, forme une coulée verte entre les coteaux boisés. Les petits plateaux agricoles, les lisières, les vallons humides et les espaces boisés composent une véritable mosaïque de milieux. C’est cette diversité qui fait aussi la richesse des habitats offerts à la faune et à la flore locales.
La commune repose principalement sur des sols acides, issus notamment de sables et d'argiles à meulières, caractéristiques du massif de Rambouillet. Ces conditions géologiques favorisent la présence de zones humides, mares, landes et végétations particulières : des landes sèches à bruyères et fougères ; des boisements de chênes ; des haies ; des mares et zones humides ; des vallons humides.
A ce type de sols correspond une végétation composée de lande sèche à bruyère et à fougère plus ou moins boisée en bouleaux et résineux, et des forêts de chênes avec haies de charmilles ou épineuses. Le chêne est omniprésent dans les espaces boisés de Grosrouvre. Cependant des plantations récentes de résineux (thuyas, sapins) sous forme de haies limitant quelques parcelles créent un effet végétal complémentaire.
Un patrimoine au delà des pierres
L’identité de Grosrouvre est également profondément liée à son histoire et à son patrimoine bâti : l’église Saint-Martin, dont les origines remontent aux XIIe-XVIe siècles, le château de la Mormaire et son domaine qui témoignent de l’histoire seigneuriale du village, les anciennes fermes et maisons rurales, mais aussi les chemins, les lisières, les arbres remarquables, les paysages ouverts et les anciennes structures agricoles.
Cette richesse explique l’attachement de nombreux habitants à Grosrouvre et à son caractère rural.
Préserver un village ne veut pas dire le figer mais bien permettre son évolution sans perdre ce qui fait son authenticité : ses paysages, ses continuités naturelles, ses terres agricoles, ses arbres, ses chemins, ses hameaux et la relation particulière qui s’est construite entre les habitants et leur environnement.
Grosrouvre est ainsi composé d’une mosaïque de forêts, de lisières, de prairies, de cultures, de jardins et de zones humides constituant autant de refuges, de lieux de reproduction, d’alimentation et de déplacement pour la faune sauvage. Cerfs chevreuils et sangliers y fréquentent les massifs forestiers et leurs lisières. On y retrouve également renards, blaireaux, petits mammifères, chauves-souris et oiseaux qui profitent de la diversité des milieux. Les mares, fossés et zones humides accueillent quant à eux une faune plus discrète, notamment des amphibiens et de nombreux invertébrés.
Le Bois de la Couarde (partie de la forêt des Quatre Piliers) a été répertorié comme Z.N.I.E.F.F. de type 1, de plus grande valeur, ou fragilité.Le massif de la forêt de Rambouillet, classé en ZNIEFF de type 2, couvre l'ensemble de la commune de Grosrouvre. En effet, le Massif de Rambouillet ( 22 000 ha) renferme une diversité de milieux (forêt, bois, lande, lac, marais, tourbière, vallées) et d'espèces animales tout aussi diversifiées : grands mammifères tels que cervidés et chevreuils, nombreux rapaces, oiseaux nicheurs, migrateurs, batraciens et reptiles. Il en est de même pour la forêt des Quatre Piliers (1 400 ha).
L’ABC DE GROSROUVRE
L’Atlas de la biodiversité communale (ABC) de Grosrouvre a permis de mieux connaître les espèces et les milieux présents sur un territoire pour pouvoir ensuite mieux les prendre en compte dans les projets communaux. C’est aussi une manière de faire entrer les habitants dans la connaissance de leur propre territoire. Elles permettent de redécouvrir un territoire familier et de prendre conscience de ce qui, parfois invisible, en fait une véritable richesse.
De 2022 à 2024, Grosrouvre a participé à l’Atlas de la biodiversité communale porté par le PNR de la Haute Vallée de Chevreuse. Les principaux inventaires naturalistes ont été réalisés en 2023 et les résultats restitués en 2024.
Il a notamment apporté un changement d’échelle et a permis de localiser des secteurs, des habitats et des milieux qui jouent un rôle particulier pour le vivant. Certains des secteurs les plus intéressants pour la biodiversité ont été précisément les espaces de transition : lisières forestières, prairies bordées de boisements, petits ensembles bocagers, mares et zones humides.
La disparition ou la fragmentation des espaces ouverts, des haies, des jardins et des lisières pourrait réduire les possibilités de déplacement et d’alimentation de nombreuses espèces. Certains vallons et prairies humides, notamment à La Surie et aux Aubris, l’enfrichement constitue donc un point de vigilance.
L’ABC a également offert un état des connaissances demandant à être enrichi. Pour la flore, par exemple, 477 taxons ont été cités à Grosrouvre depuis 1895 ; 52 ont été découverts lors des inventaires de 2023. Mais 22 données anciennes n’ont pas été réactualisées et pourraient correspondre à des espèces devenues très rares ou potentiellement disparues.
L’un des résultats les plus spectaculaires de cet ABC concerne les chauves-souris : les inventaires de 2023 ont permis d’identifier 15 espèces sur le plateau des Landes, dont plusieurs espèces protégées et certaines présentant des enjeux de conservation importants, alors qu’aucune donnée n’était auparavant recensée dans GeoNat’îdF pour Grosrouvre. Les chauves-souris utilisent les lisières, les espaces bocagers et les milieux ouverts pour se déplacer et chasser.
Les prairies et les mares de ce secteur accueillent également plusieurs espèces d’oiseaux remarquables, dont la Linotte mélodieuse, la Pie-grièche écorcheur, le Tarier pâtre, la Tourterelle des bois et le Bouvreuil pivoine.
L'ABC de Grosrouvre a également recensé quatre espèces de reptiles :
l'Orvet fragile ;
la Coronelle lisse ;
la Couleuvre à collier ;
le Lézard des murailles.
La Coronelle lisse est classée quasi-menacée en Île-de-France, et trois des espèces recensées sont inscrites à l'annexe IV de la directive Habitats. Ce sont des espèces discrètes, qui passent facilement inaperçues.
DES RICHESSES À PRÉSERVER
La commune de Grosrouvre dispose depuis la restitution de ces inventaires d’une documentation plus étoffée de sa biodiversité, complétant fortement les connaissances naturalistes et mettant en exergue l’importance de conserver non seulement les grands espaces naturels, mais aussi les interfaces entre eux : lisières forêt/prairie, chemins, haies, mares, fossés, prairies, etc.
Sur ces aspects, l’ABC a également fait apparaître plusieurs points de vigilance:
Les mares et le réseau hydraulique méritent une attention particulière.
La restitution identifie comme enjeu le fait de mieux connaître l’état des mares et des fossés, leurs propriétaires et leur rôle dans le fonctionnement du réseau hydraulique. C’est donc un domaine où la connaissance doit encore être approfondie.
La connaissance des prairies doit également être complétée.
Le plan d’action prévoit notamment d'analyser l’état de leur végétation et des clôtures. Cela montre bien que l’enjeu n’est pas seulement de « compter les espèces », mais de comprendre comment les milieux fonctionnent et ce qui peut les fragiliser ou, au contraire, les maintenir.
Ainsi, le document de restitution de l’ABC de Grosrouvre définit trois grands axes de travail à venir, à savoir:
-renforcer les connaissances
poursuivre et encourager les inventaires participatifs, notamment via GeoNature ;
recenser le foncier communal, les parcelles et chemins publics ;
réfléchir à l’extension des zones naturelles et espaces boisés classés ;
compléter l’inventaire des mares et fossés et mieux comprendre leur fonctionnement ;
identifier les propriétaires des mares et les sensibiliser à leur rôle ;
compléter l’inventaire et le diagnostic des prairies ;
-poursuivre la sensibilisation
faire connaître les résultats de l’ABC aux habitants, notamment à travers une soirée publique avec le PNR ;
poursuivre les animations et la communication dans le bulletin municipal et sur le site de la commune ;
-passer progressivement de la connaissance à l’action
La commune souhaite prolonger cette démarche en s’appuyant sur les inventaires pour engager des actions concrètes. Cela pourra se traduire par exemple par la protection des milieux qui ont été identifiés comme importants, la restauration des milieux dégradés, l’amélioration des conditions d'accueil de la biodiversité.
Si l’Atlas de la biodiversité communale permet de mieux connaître les espèces et les milieux du village, il est aussi le point de départ d'une politique locale en faveur du vivant et un excellent outil d’aide à la décision au regard des enjeux de préservation et de restauration à traduire en véritable feuille de route.
LE PLAN PAYSAGE ET BIODIVERSITÉ
Habiter un territoire, c'est aussi comprendre les milieux qui le composent et les continuités qui les relient. Grosrouvre ne peut donc être regardé isolément. La forêt, les prairies, les zones humides et les continuités écologiques se prolongent au-delà des limites communales.
Grosrouvre fait ainsi partie du Plan Paysage et Biodiversité de la Plaine de Jouars à Montfort, une démarche menée par le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, dont l’ambition est de comprendre comment les paysages, la biodiversité et les activités humaines s’organisent et évoluent ensemble. Il comporte notamment une cartographie des continuités écologiques, un diagnostic des enjeux et un plan d’actions proposant des pistes opérationnelles.
Cette démarche a notamment mis en lumière les fragilités liées à l’urbanisation diffuse, à la disparition des vergers et jardins qui faisaient transition entre village et plaine agricole, ainsi qu’à la nécessité de préserver les coteaux boisés et les espaces ouverts. L’approche porte notamment sur les relations entre les espaces bâtis, les boisements, les prairies, les jardins, les vallons et les espaces agricoles. Elle invite à préserver les continuités paysagères et écologiques, les arbres et les espaces ouverts, tout en veillant à ce que son évolution reste cohérente avec son relief et ses paysages, autant de données pour intégrer ces éléments dans les choix d’aménagement et faire ainsi perdurer à Grosrouvre ses valeurs qui en font un village vivant.
Préserver Grosrouvre, c’est prendre soin de ce qui le rend vivant : les liens entre les habitants, les lieux et toutes les formes de vie qui les entourent.




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