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LA NATURE EN RÉSEAUX

18 sept.
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 sept.

Un territoire vivant n’est pas une juxtaposition d’espaces naturels isolés. Pour se maintenir, les populations animales et végétales ont besoin de pouvoir se déplacer, se disperser, se nourrir, se reproduire et trouver refuge. C’est pourquoi il faut reconnecter les territoires pour permettre une meilleure circulation.

POURQUOI LES ANIMAUX DOIVENT-ILS POUVOIR CIRCULER ?


Pour le vivant, un territoire n’est pas une juxtaposition d’espaces séparés : c’est un ensemble de lieux entre lesquels les espèces doivent pouvoir circuler pour vivre.


Se déplacer pour accomplir son cycle de vie

Les déplacements ne correspondent pas seulement aux migrations sur de longues distances. Un animal peut avoir besoin de rejoindre quotidiennement une zone d’alimentation, de gagner un site de reproduction, de rechercher un partenaire ou de trouver un refuge.

Les plantes et les champignons se déplacent eux aussi, autrement, à travers leurs graines, spores, pollen ou propagules (organe de dissémination -propagation- et de reproduction) qui assurent leur dispersion et permettent la colonisation de nouveaux espaces.


Maintenir les échanges génétiques

Lorsque des populations sont isolées, les échanges entre individus diminuent. À terme, l’isolement réduit la diversité génétique des populations et accroît leur vulnérabilité face aux maladies, aux perturbations environnementales ou aux changements du climat.

La connectivité contribue donc à maintenir des populations suffisamment nombreuses et diversifiées pour rester viables.


Faire face au changement climatique

Le climat modifie progressivement les conditions de vie des espèces. Certaines recherchent des températures, une humidité ou des ressources alimentaires qui deviennent moins favorables dans leur aire de répartition actuelle. Elles peuvent alors être amenées à déplacer progressivement leur aire de répartition (appelée aussi aire de distribution, zone délimitant la répartition géographique d’une espèce incluant la totalité d’une population). Des paysages suffisamment connectés leur offrent davantage de possibilités pour rechercher de nouvelles conditions favorables.



LES CONNECTIVITÉS ET CONTINUITÉS ÉCOLOGIQUES


Les milieux naturels sont aujourd’hui fragmentés par les routes, les voies ferrées, l’urbanisation, l’artificialisation des sols ou certaines transformations des paysages agricoles. Une forêt, une prairie, une mare ou une zone humide ne fonctionnent pourtant pas comme des îlots isolés. De nombreuses espèces ont besoin de se déplacer entre plusieurs habitats pour se nourrir, se reproduire, trouver un refuge ou accomplir leur cycle de vie. Lorsque ces déplacements deviennent difficiles ou impossibles, les populations peuvent s’isoler, perdre de la diversité génétique et devenir plus vulnérables aux changements de leur environnement.

Les réservoirs de biodiversité sont des espaces dans lesquels la biodiversité est particulièrement riche ou bien conservée et où les espèces peuvent accomplir tout ou partie de leur cycle de vie : se nourrir, se reproduire, se développer et trouver refuge.


Les corridors écologiques assurent des connexions entre ces réservoirs. Ils permettent aux espèces de se déplacer d’un habitat à l’autre et favorisent les échanges entre populations. Un corridor n’est pas nécessairement un passage continu. Selon les espèces, il peut prendre la forme d’un corridor linéaire, comme une haie ou une ripisylve, d’un ensemble de milieux favorables ou de petits habitats-relais suffisamment proches les uns des autres. La fonctionnalité d’un corridor dépend donc de l’espèce considérée : un même paysage peut être facilement franchissable pour une espèce et constituer une véritable barrière pour une autre.

Ces corridors ne sont pas nécessairement de grands espaces continus. Une haie, une lisière forestière, une bande enherbée, un alignement d’arbres, un fossé végétalisé, une succession de mares ou la ripisylve d’un cours d’eau peuvent constituer autant de relais pour la faune et la flore. Même en milieu urbanisé, des jardins, des arbres, des talus ou des espaces enherbés peuvent contribuer à maintenir ces continuités.

La connectivité écologique désigne la capacité d’un paysage à permettre les déplacements et les échanges entre différents habitats (degré de perméabilité d'un paysage ou d'un écosystème face aux déplacements de la faune et de la flore). Elle repose à la fois sur des réservoirs de biodiversité, où les espèces peuvent vivre et se reproduire, et sur des corridors écologiques, qui permettent de passer d’un milieu à l’autre. Il n’existe d’ailleurs pas une seule continuité écologique. Une grenouille ne se déplace pas comme un chevreuil, une chauve-souris ou un papillon.

Le PNR de la Haute Vallée de Chevreuse travaille depuis plusieurs années à identifier et préserver ces continuités écologiques (ce sont les éléments concrets du paysage qui forment un maillage vital entre réservoirs de biodiversité et corridors) : inventaires, cartographie des réservoirs et corridors, restauration de mares, de prairies humides et de cours d’eau, ainsi plusieurs réseaux écologiques complémentaires adaptés aux différents milieux et aux espèces qui les fréquentent participant ainsi à maintenir un territoire perméable au vivant.

Le PNR distingue notamment des continuités liées aux cours d’eau, aux zones humides, aux milieux herbacés, aux espaces boisés et aux grandes cultures. Les corridors peuvent également être très différents selon les espèces : réseau de mares pour certains amphibiens, haies et prairies pour des espèces des milieux ouverts, lisières et boisements pour d’autres, passages spécifiques pour la grande faune.



LA TRAME VERTE ET BLEUE : LE RÉSEAU ÉCOLOGIQUE DE NOS TERRITOIRES


La Trame verte et bleue est l'outil principal de préservation de la biodiversité qui vise à maintenir et à restaurer les continuités écologiques.

Elle repose sur deux éléments complémentaires :

🟢 La trame verte: elle concerne les milieux terrestres : forêts, boisements, prairies, haies, lisières, bosquets, pelouses, etc.

🔵 La trame bleue : elle concerne les milieux aquatiques et humides : cours d’eau, mares, étangs, zones humides et leurs espaces associés.

La TVB identifie ainsi des réservoirs de biodiversité et les corridors écologiques qui les relient.


Pourquoi une trame ?

Parce que protéger séparément quelques espaces naturels ne suffit pas toujours. Les espèces doivent pouvoir circuler entre leurs différents habitats pour se nourrir, se reproduire, se disperser et maintenir des échanges entre populations.

La TVB cherche donc à préserver les continuités existantes, limiter leur fragmentation et restaurer celles qui ont été dégradées.


La TVB se décline à différentes échelles, du niveau national jusqu'aux territoires locaux.

En Île-de-France, le Schéma régional de cohérence écologique (SRCE) identifie les principales composantes de la trame écologique régionale. Ces orientations sont ensuite prises en compte dans les documents d’urbanisme.


À l’échelle locale, les PLU et PLUi peuvent notamment identifier et protéger des espaces ou éléments contribuant aux continuités écologiques : boisements, haies, mares, zones humides, cours d’eau, espaces agricoles ou naturels, etc.

La Trame verte et bleue n’est donc pas seulement une carte : c’est un cadre pour penser l’aménagement du territoire en tenant compte des besoins du vivant.


Cette approche au cœur de la Trame verte et bleue, vise à préserver et restaurer les continuités écologiques dans les choix d’aménagement. Sur Cœur d’Yvelines, le PCAET prévoit notamment de renforcer les trames vertes, bleues et brunes, de renaturer certains espaces et de mieux intégrer ces enjeux dans les documents d’urbanisme.



RESTAURER LES LIENS


Préserver les continuités existantes est souvent plus efficace que chercher à les recréer après leur disparition. Mais lorsque des ruptures existent, il est possible d'agir : restaurer une haie ou une ripisylve, reconnecter des mares, rouvrir un fossé, aménager un passage à faune, réduire l’éclairage nocturne, désimperméabiliser un espace ou adapter une clôture. Il s’agit de rendre progressivement notre territoire plus perméable au vivant.


Quand les continuités se rompent

Les milieux naturels sont aujourd’hui fragmentés par des infrastructures barrières : routes, voies ferrées, urbanisation, artificialisation des sols, pollution lumineuse ou encore certaines transformations des paysages agricoles. Cette fragmentation peut isoler des populations et réduire progressivement la fonctionnalité des écosystèmes et leurs possibilités de déplacement et d’échange.

Cette fragmentation peut également provoquer une mortalité directe : collisions avec les véhicules, noyades dans certains ouvrages, destruction de sites de reproduction…

Elle peut surtout avoir des effets plus discrets et plus progressifs : réduction des déplacements, isolement des populations, diminution des échanges génétiques et, à terme, déclin local.


Sur notre territoire, les infrastructures de transport et l’urbanisation constituent ainsi des points de rupture identifiés dans les continuités écologiques. Le PCAET de Cœur d’Yvelines souligne notamment les obstacles à l’écoulement des cours d’eau et les effets de la baisse du niveau d’eau sur la fragmentation des milieux.

C’est pourquoi la restauration des continuités écologiques cherche aujourd’hui à rendre les infrastructures plus « perméables » au vivant.


Reconnecter : des solutions existent

Préserver, éviter, restaurer une continuité existante est toujours préférable que de devoir la reconstruire.

Lorsqu'un aménagement est nécessaire, il s'agit d'abord d'éviter la rupture, puis d'en réduire les effets et, lorsque cela est possible, de restaurer les continuités dégradées.


Les ouvrages de franchissement, les plantations, les restaurations de milieux ou la trame noire ne doivent donc pas être considérés comme des moyens de « remplacer la nature ».

Ils permettent plutôt de redonner au vivant une place dans un territoire que nos infrastructures ont parfois rendu difficile à parcourir.

Lorsque la fragmentation existe déjà, différentes solutions peuvent permettre de restaurer une partie des connexions.


Écoponts et passages à faune

Les écoponts ou passages supérieurs végétalisés permettent à des animaux de franchir des routes ou des voies ferrées sans les traverser au niveau du trafic.

Des passages inférieurs, plus ou moins grands, peuvent également être aménagés sous les infrastructures.

Leur conception doit être adaptée aux espèces ciblées et à leurs habitudes de déplacement. Un passage à grande faune ne répond pas aux mêmes besoins qu’un dispositif destiné aux amphibiens ou aux petits mammifères.


Passages pour la petite faune

Des tunnels, buses aménagées ou petits passages spécifiques permettent notamment aux hérissons, petits mammifères, reptiles ou amphibiens de franchir les routes.

Ils sont souvent associés à des dispositifs de guidage qui empêchent les animaux de rejoindre la chaussée et les conduisent vers le passage sécurisé.


Crapauducs et dispositifs pour les amphibiens

Chaque année, de nombreux amphibiens se déplacent entre leurs habitats terrestres et leurs sites de reproduction.

Lorsque leur trajet traverse une route, des barrières de guidage et des passages souterrains, parfois complétés par des dispositifs temporaires de collecte, permettent de réduire fortement les collisions.

Dans certaines situations, la solution la plus simple peut aussi être de fermer temporairement une route pendant les périodes de migration.


Restaurer les continuités aquatiques

Les cours d’eau peuvent eux aussi être fragmentés par des barrages, seuils ou ouvrages hydrauliques.

La suppression d’un obstacle, la création d’une passe à poissons, d’une rampe ou d’une dérivation peut permettre de restaurer la circulation des organismes aquatiques.

La continuité écologique concerne donc aussi bien l’eau que la terre.


Prendre en compte les déplacements des chauves-souris

Pour certaines chauves-souris, une route fortement éclairée ou traversée par un trafic important peut constituer une rupture dans les trajectoires habituelles.

Des haies, des plantations ou des dispositifs de type «hop-over», permettant de maintenir une continuité végétale au-dessus ou à proximité de la route, peuvent contribuer à guider les animaux vers une zone de franchissement plus sûre.


Les connectivités naturelles

Reconnecter les milieux ne signifie pas nécessairement construire.

Les solutions les plus efficaces sont souvent celles qui reconstituent une mosaïque de milieux favorables, plutôt que celles qui tentent de compenser artificiellement leur disparition.

Il faut également tenir compte de la qualité des habitats situés de part et d’autre du dispositif : un passage à faune n’est réellement fonctionnel que s’il permet de relier des milieux eux-mêmes favorables aux espèces.

La reconnexion doit donc être pensée à l’échelle du paysage et non du seul ouvrage.


Et la nuit ?

La lumière artificielle constitue une forme de fragmentation souvent moins visible.

Pour de nombreuses espèces nocturnes — chauves-souris, insectes, amphibiens ou certains mammifères — une zone fortement éclairée peut devenir difficile, voire impossible à traverser.

La Trame noire vise à préserver ou restaurer des espaces suffisamment obscurs pour permettre les déplacements de la faune nocturne.

Les solutions peuvent être simples : extinction nocturne, réduction des horaires ou de l’intensité d’éclairage, orientation des luminaires vers le sol, suppression des éclairages inutiles ou maintien de secteurs non éclairés.

Une continuité écologique peut donc aussi être une continuité d’obscurité.



Un corridor n'est pas une ligne sur une carte

La connectivité écologique ne se résume pas à dessiner des corridors sur une carte.

Pour être fonctionnel, un corridor doit correspondre aux besoins biologiques des espèces concernées, être suffisamment favorable et être connecté à des habitats eux-mêmes fonctionnels. C’est pourquoi les projets de restauration doivent s’appuyer sur des diagnostics écologiques prenant en compte les espèces présentes, leurs habitats, leurs déplacements, les obstacles rencontrés, les points de mortalité, les milieux à restaurer en priorité. Après ces travaux, le suivi permet de vérifier si les espèces utilisent effectivement les dispositifs créés.



DE L'ÉCOLOGIE À L'AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE


La préservation des continuités écologiques ne concerne donc pas uniquement les espaces protégés ou les grands projets environnementaux.

Elle concerne aussi les choix d’aménagement du quotidien : implantation d’une route ou d’un lotissement, protection d’une haie, maintien d’une prairie, gestion d’un cours d’eau, éclairage public, entretien des espaces verts, même à titre privé, chacun peut devenir une pièce d’un réseau plus vaste …

L’addition de ces espaces, petits et grands, publics et privés, naturels ou aménagés, permet au vivant de circuler, de s’adapter et de continuer à habiter notre territoire.


La Trame verte et bleue constitue le cadre de cette approche dans les politiques publiques. Les continuités identifiées aux différentes échelles doivent être prises en compte dans les documents d’aménagement et d’urbanisme.


Les PLU et PLUi peuvent notamment préserver des espaces contribuant aux continuités écologiques, protéger certains éléments du paysage et intégrer ces enjeux dans leurs orientations d’aménagement.

À l’échelle de Cœur d’Yvelines, où se côtoient espaces agricoles, forêts, zones humides, cours d’eau et espaces urbanisés, la question est particulièrement concrète.

Un territoire vivant est un territoire connecté.


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